Michel moreno le syntho chromisme Michel moreno le syntho chromismeMichel moreno le syntho chromisme
Michel moreno le syntho chromisme

Michel Moreno, un peintre protéiforme

Michel Moreno - Artiste peintre qui vit et peint à paris - fait partie de ces peintres qui ne doivent leur notoriété qu’au lent cheminement de leur réflexion et de leur pratique d’artiste. Produisant avec une régularité surprenante une cinquantaine d’œuvres par an, travaillant en solitaire, animé d’une recherche perpétuelle, il a su assimiler ses nombreuses influences pour présenter une œuvre d’une grande singularité. De l’expressionnisme au syntho chromisme, du néo-cubisme au plus récent anatomisme-psychologique, nous avons affaire à un authentique «style Moreno» qui a su conquérir aussi bien le public que la presse spécialisée. Listé dans le Bénézit, coté par Artprice, l'artiste poursuit inexorablement sa quête picturale.

Né en 1945 à Saint-Etienne-de-Rouvray (Seine-Maritime), Michel Moreno est d’ascendance normande par sa mère et espagnole par son père. Dès le lycée ses professeurs remarquent son talent inné pour la peinture et l’encouragent vers sa vocation. A Paris, il intègre une école d’art pour apprendre les rudiments du métier, avant de véritablement commencer à peindre lors d’un séjour prolongé à Rouen. Dès lors il choisit de vouer sa vie à la peinture et de persévérer dans sa voie jusqu’à la reconnaissance du public.
L’Art nègre, l’expressionnisme allemand, les bouleversements artistiques de son époque, lui sont autant de sources d’inspiration.
Or la réalité quotidienne ne tarde pas à étendre son ombre sur l’enthousiasme des prémices. Dès son retour à Paris, le peintre connaît une vie de bohème, parfois plus indigente qu’aventureuse.
S’il est d’emblée reconnu par ses confrères et trouve progressivement sa place dans le milieu artistique parisien, Michel Moreno cherche encore son style et peine à convaincre le public. Il est naturel que les inquiétudes et la précarité de l’artiste imprègnent ses toiles d’alors : le Noir écrase la couleur vive, les figures se tordent, les personnages – à l’instar des Filles de joie - sont filiformes, décharnés.
«Ce fut une période d’expressionnisme misérabiliste», dit-il aujourd’hui dans un sourire presque mélancolique.

Au fil des ans, l’expressionnisme des débuts évolue vers des œuvres moins tourmentées qui, si on y distingue encore certaines « analyses » psychanalytiques ou angoisses eschatologiques, gagnent en lumière et en couleurs.Les nombreuses marines abstractisantes témoignent d’une technique mieux affirmée avec l’adoption de la mise en aplats des formes et des couleurs, dans la lignée des cubistes. C’est à cette époque que l’artiste se passionne pour le jazz de la Nouvelle Orléans et sa « mélomanie » s’immiscera dans une longue série de musiciens.


A partir de 1974 et jusqu’en 1976, le destin artistique de Michel Moreno s’accélère. L’artiste traque les faits et les anecdotes. Se révélant plus cérébral que sensitif, il laisse son art se plier aux grandes idées de son temps. Les figures rudes de La Ronde, de Combats de coqs, de La Musique ou de Caïn, témoignent de sa recherche impatiente. Corrélativement, les personnages suspendus de Folon inspirent ses gouaches «funambules » tandis que ses rondes « spatiales » ne sont pas sans rappeler la danse de Matisse.


En 1976 plusieurs événements précipitent un tournant décisif dans l’œuvre de Michel Moreno.
Avec la maturité et la reconnaissance de ses pairs, le peintre gagne en confiance et en singularité. A l’aulne d’une ré-exploration des maîtres surréalistes et impressionnistes, il entend arrêter sa voie propre et trouver «sa» peinture.
Se partageant entre Honfleur sur la côte d’Opale et les rues de Paris, l’artiste se laisse pénétrer par les ambiances maritimes et les trépidations de la capitale.
Ses marines offrent des formes douces et leurs couleurs se diluent parfois jusqu’à se noyer dans les blancs. La lumière procède de la fusion optique des couleurs à travers un imbroglio de confusions chromatiques et formelles.
Le peintre a vécu cette période charnière comme une sorte de révélation : pour aboutir à la lumière il a compris qu’il faut rendre les primaires et les complémentaires avec la même intensité.
Dans un manifeste paru à l’époque, Michel Moreno expose en quelques lignes ses nouvelles idées : « Le but est d’atteindre le point où la lumière se crée, celui où les couleurs naissent et vont se confondre pour devenir lumière »… . Il s’agit de peindre de plage en plage, de couleur en couleur, en gardant toujours la même force. Que les couleurs et les formes s’entremêlent ! Ce qui compte désormais n’est autre que d’exprimer l’effervescence de la vie, c’est à dire la lumière à travers les choses.
Sacré maître du syntho chromisme, Michel Moreno se lance alors dans une abstraction géométrique qui n’est pas sans évoquer les suprématistes russes des années 20, avec toutefois un caractère plus chargé et mieux enrobé de mystère.


La fin des années soixante-dix marque l’aboutissement des recherches de l’artiste. Les formes cubistes des débuts s’imposent à nouveau mais à travers des aplats aux contours fermes, des courbes amples, de belles rondeurs et des angles tantôt ouverts comme un champ, tantôt fermés comme une pique.
Des reliquats de la période syntho-chromiste subsistent dans la tendresse des couleurs dont le voisinage fait naître la lumière.
Michel Moreno connaît à 33 ans une première maturité, bien au-delà des tâtonnements du chercheur. Les influences éclectiques sont assimilées et son art s’affirme devant des amateurs d’art enthousiastes : les ventes régulières et importantes commencent.



La décennie suivante ne fera que confirmer l’engouement du public. Les ventes privées et publiques se succèdent et les toiles du peintre voyagent entre Paris, Londres et New-York. Certaines de ses gouaches atteignent les 3000 euros et la cote de ses huiles culmine à plus de 7000 euros ! Sa clientèle, faite de galeristes et de marchands, de collectionneurs et de spéculateurs -mais aussi de purs amoureux de son art-, se diversifie et se fidélise : acquisitions répétées du Petit Palais de Genève, expositions à la Galerie Philipps de Miami, engouement des joailliers Bulgari….
Les choses de la vie, vaste toile composée en réaction à la guerre du Golf, est une œuvre significative de cette époque : les ombres et les lumières y jouent tendrement avec parfois l’éclat d’un violet ou d’un pourpre pour souligner l’arête vive d’une forme.
Le peintre conte les amours de l’homme, ses joies et peines tranquilles, parfois également une inquiétude profonde quant à son destin en société, sur une planète devenue fragile.
Si de grands thèmes s’imposent, comme dans La parabole de la vie ou Les tourments du temps, Michel Moreno se garde de les commenter pour n’en livrer que les formes et les couleurs.
D’une façon plus ludique, l’artiste se laisse aussi inspirer par Roy Johnson, le fondateur du mail art (1962), dont la démarche consiste à peindre sur des enveloppes avant de les envoyer. Mais –comme chaque fois que Michel Moreno « emprunte » une idée ou une technique- l’artiste innove en peignant sur des enveloppes intérieures à la poste. Le Post art est né, pour être réutilisé «officiellement» une décennie plus tard.


Au tournant du siècle, de nouvelles préoccupations conduisent l’artiste à aborder une démarche d’exploration psychologique et biologique de l’être humain. Ce qui lui importe alors est d’exprimer -, pour reprendre l’expression d’ Henri Michaux- « la lumière de l’espace du dedans » . Son Nu de dos, sa récente Autopsy, invitent le spectateur à scruter, à sonder l’image pour découvrir dans les entrailles « baconiennes » une bouche, des dents, un œil…


La recherche de Michel Moreno est aujourd’hui particulièrement viscérale et introspective et s’approche de ce que l’artiste aime à qualifier d’expressionnisme psychologique.